Vue du Pilate depuis la ville de Lucerne, carte postale colorisée, Zurich, début du XXe siècle

Vue du Pilate depuis la ville de Lucerne, carte postale colorisée, Zurich, début du XXe siècle

Autrefois la ville de Lucerne était peuplée de dragons. Au XVe siècle, l'un d'entre eux laissa accidentellement tomber une pierre au pied du mont Pilate, ramassée par un paysan. Les pouvoirs extraordinaires attribués à cette chose étrange, n'avaient d'égal que son origine mystérieuse. Cette "Drachenstein", qui a fait l'objet de tant de convoitise à travers les siècles, est cependant toujours demeurée à Lucerne, à présent conservée dans les collections du musée d'histoire naturelle. Aujourd'hui, il est encore possible d'emprunter le "Drachenweg" ou le "Chemin du dragon" au sommet du Pilate. En Suisse, cette vision médiévale des montagnes hantées de dragons est en fait tributaire de la peur de l'apocalypse. Longtemps, la population craignait de pénétrer dans l'antre du diable en gravissant les pentes escarpées des monts qui les entouraient. C'est avec l'arrivée de la Réforme que ces peurs de l'enfer et du purgatoire s'estompent avant de disparaître complètement. Les premiers alpinistes qui osent venir défier les montagnes qui bordent Lucerne seront les protestants de la ville voisine de Zurich. Ils découvrent alors émerveillés de nouvelles plantes et de nouveaux minéraux, bientôt publiés dans des ouvrages richement illustrés de gravures. C'est l'exploration véritable de la montagne dans toute sa splendeur qui s'annonce. L'exotisme n'est parfois pas aussi loin que l'on croit...

Le jardin des glaciers et le lion de Lucerne, carte postale colorisée, Zurich, début du XXe siècle

Plat aux dragons, porcelaine peinte aux émaux, Chine, époque républicaine (1920-1949)

Femme de la classe noble, peinture dite "de Canton", gouache sur papier de riz (Tetrapanax papirifera), Chine, Canton, années 1850

Mandarin en tenue estivale, peinture dite "de Canton", gouache sur papier de riz (Tetrapanax papirifera), Chine, Canton, années 1850

Asie, année 1806, Homme & Femme chinois, gravure colorée par I. G. St Sauveur

Asie, année 1806, Bonze & Vestale chinois, gravure colorée par I. G. St Sauveur

Au tout début du XIXe siècle, la vision de la Chine et des Chinois était encore extrêmement farfelue. Leur costume, en particulier, ressemble à celui que l'on découvre régulièrement dans les chinoiseries. Il souligne une allure extravagante faite de chaussures à bouts recourbés, de coiffes originales à grelots ou à pompons, de superposition de vêtements taillés dans des textiles bariolés associant des couleurs osées. Une vision très romantique de l'Asie qui sera tout bientôt confrontée à la véritable rencontre.

Bientôt les Européens ramènent des images de la Chine sous forme de peintures réalisées pour eux dans des ateliers à Canton - les fameuses "peintures de Canton". Cette production particulière qui débute aux alentours de 1820-1830 a pour but de satisfaire leur demande de rapporter avec eux des impressions de la vraie Chine avant l'invention de la photographie.

Port de Canton, vue des factoreries occidentales sur la berge de la rivière aux Perles, gravure européenne, années 1860

Cette vue de l'esplanade des quartiers européens de la ville de Canton est fortement inspirée des dessins de William Alexander (1767-1816), peintre officiel de l'ambassade britannique envoyée en Chine par George III en 1792. Les images de la Chine d'alors, ainsi ramenées, vont avoir plus d'un siècle d'influence et se retrouver très largement publiées. Les Occidentaux sont ici confinés et marquent leur présence par les drapeaux de leur pays. Les citoyens suisses, eux, se fondent dans la masse et profitent le plus souvent du protectorat français. Ils affrontent les difficultés de cette vie en terre inconnue dans le but de découvrir un nouveau marché pour écouler leurs précieuses montres.

Carte postale colorisée représentant le quartier de résidence des étrangers de Canton, Chine, fin de la dynastie Qing (1644-1911), 1900 environ

Carte postale colorisée avec le coeur du gouvernement de la ville ce Canton: les cellules destinées aux candidats des examens impériaux, Chine, fin de la dynastie Qing (1644-1911), 1900 environ

Murailles de la ville de Canton avec ouverture sur les rues marchandes, gravure européenne d'après le dessin d'un artiste chinois inconnu, 1857

En cette période difficile où les voyages sont compromis, profitons de faire des excursions virtuelles dans le temps. Pourquoi ne pas aller se promener et faire un peu de shopping dans les rues du vieux Canton? Porcelaines, tuniques de soie, éventails de plumes de paon, gourmandises diverses et variées sont à portée de main.

Une rue à Canton, gravure occidentale colorée à l'aquarelle d'après un dessin de Thomas Allom, 1843

Histoire de nos tasses et de nos potiches, chefs-d'oeuvre de la porcelaine chinoise, dessin de Fellmann, 1858

Entre mythes et fantasmes cette accumulation d'objets improbables représente la Chine aux yeux des Européens du XIXe siècle.

Le jour du cerf-volant à Hae-kwan au neuvième jour de la neuvième lune, gravure colorée à l'aquarelle d'après un dessin original de Thomas Allom (1804-1872), Angleterre, 1843

Thomas Allom (1804-1872) était un peintre formé à la Royal Academy de Londres. Né dix ans après le retour en Europe de la calamiteuse ambassade de Lord Macartney envoyée en Chine par le roi George III, il a emprunté le même chemin académique que son prédécesseur l'artiste William Alexander (1767-1816), chargé d'accompagner la fameuse mission. Son oeuvre est donc fortement influencée par les nombreux dessins et croquis que ce dernier avait ramenés du Céleste empire. Même si l'artiste a beaucoup voyagé pour dessiner sur le vif, les spécialistes se disputent encore pour savoir si Allom s'est véritablement rendu jusqu'en Chine ou si son travail est inspiré par celui d'autres. Ce qui est certain, c'est que les images qu'il a produites ont connu un très grand succès.

Marchand de lanternes à Pékin, gravure colorée à l'aquarelle d'après un dessin original de Thomas Allom (1804-1872), Angleterre, 1843

Boutique d'un marchand de bonnets à Canton, gravure colorée à l'aquarelle d'après un dessin original de Thomas Allom (1804-1872), Angleterre, 1843

Bouton de mandarin de quatrième classe, verre bleu et laiton, Chine, fin de la dynastie Qing (1644-1911)

Les mandarins, appointés par l'état chinois, portaient un bouton sur le sommet de leur chapeau qui indiquait leur place excate au sein de la hiérarchie. La couleur et la matière de cette perle révélait leur importance au premier coup d'oeil. Un pas de vis particulier prévu au sommet de ce couvre-chef permettait de changer le bouton au fur et à mesure de sa progression sur l'échelle de la fonction. 

Mandarin sous un pin, panneau de porte, bois sculpté, Chine, fin de la dynastie Qing (1644-1911)

Sur ce panneau de bois sculpté, on reconnaît un mandarin en costume et chapeau plus ancien, d'époque Ming (1368-1644).

Shanghai, tour de Longhua, dessin de M. H. Catenacci d'après une photographie, gravure colorée à l'aquarelle, France, 1882

Pagode à Shanghai, probablement Longhua, Chine, photographie des années 1890

Les pagodes ont toujours été liées à la Chine dans l'imaginaire collectif - celle du temple de Longhua à Shanghai en particulier ou la pagode de porcelaine de Nankin, aujourd'hui malheureusement détruite. Ces tours aux toits hérissés ont aussi fait les beaux jours des chinoiseries ou de produits sans aucun rapport avec la Chine, mais à saveur exotique comme le chocolat par exemple.

Vignette à collectionner, impression en chromographie, France, années 1930

Vue de la ville de Tianjin à la porte est, carte postale, Chine, années 1930

Au revers de la carte, un certain Robert Riant écrit à sa petite Henriette. "Voilà plus d'un an que je suis en Chine. Je suis habitué et je m'y plais très bien. C'est un beau pays, très curieux pour ses moeurs, son architecture et son esprit. La Chine est avant tout un pays très mystérieux. Bons souvenirs, ton camarade."

Tien-Tsin, Arsenal de l'Est, 30.09.1934

Mère à l'enfant vêtue façon Ming (1368-1644), image pieuse, église chrétienne de Xuanwumen, Pékin, années 2000

Mère à l'enfant vêtue façon Qing (1644-1911), image pieuse, église chrétienne de Xuanwumen, Pékin, années 2000

Longtemps, les jésuites se sont interrogés sur la meilleure manière de convertir les Chinois au christianisme cherchant diverses possibilités d'adaptation de leur religion à la culture locale. En 1715, le pape Clément XI, outré par ces pratiques païennes, promulgue une bulle interdisant ces manipulations. Cette "Querelle des rites" marquera la fin du développement du christianisme en Chine puisque suite à ce déni, l'empereur Kangxi, froissé, interdira tout simplement cette croyance sur son territoire, seulement deux ans plus tard. Il est donc fascinant de découvrir et d'observer ces images pieuses adaptées à la Chine qui circulent aujourd'hui.

Affiche du film américain "La chauve-souris" (The Bat) avec Vincent Price, sorti en 1959, adaptation pour le marché chinois, années 1960

Depuis longtemps, la chauve-souris est considérée comme un animal porte-bonheur par les Chinois. Ces derniers ont certainement été surpris de la terreur que ce mammifère inspire dans l'imaginaire occidental.

Porte de l'Ouest de la ville de Pékin, gravure de Thomas Allom qui reprend un dessin original de William Alexander près d'un demi siècle plus tôt, 1843

Une des portes de Pékin fut livrée à nos troupes, gravure occidentale de l'expédition française en Chine pendant la deuxième guerre de l'opium, 1860

Une caravane de chameaux aux abords des murailles de la ville de Pékin, carte postale allemande, années 1900

Si les caravanes qui arpentent les routes de la soie depuis de nombreux siècles existent toujours dans la Chine du début du XXe siècle, on remarque toutefois sur cette prise de vue certaines avancées technologiques majeures comme l'arrivée de l'électricité.

Arc de triomphe entre Macao et Canton, gravure occidentale d'après un dessin de M. Borgel, vers 1860